Cet été, la Gare – nouveau haut lieu de jazz à Paris – reprogramme des artistes qui ont fait vibré les night-clubbers durant l’année. On en a profité pour aller voir samedi soir l’artiste marocain Aziz Sahmaoui que nous avions raté et on a a-do-ré…

Si vous ne connaissez pas l’endroit, une visite un soir vaut le détour. Cette salle de concert est logée dans une ancienne gare, comme son nom l’indique. Vous y accédez par un long chemin de pavés, où quelques tables sont disposées ici et là. Les premiers mélomanes sirotent un verre en attendant d’écouter leur idole. Un camion bleue, un peu vieillot, propose des soft drinks et des barquettes d’accras de morue agrémentés d’une sauce mayonnaise aillé, pour seulement cinq euros.

Au bout du chemin, vous pénétrez un lieu qui semble abandonné. Rassurez-vous, vous ne rencontrerez pas de squatteurs. Mais des artistes on stage en pleine répétition. Ce soir-là, Aziz Sahmaoui et son band. Il y a des problèmes de son mais son ingénieur est sur le coup. Son percussionniste Amar Chaoui vérifie ses instruments. La salle est grande, le bar situé à droite en entrant vous propose des boissons alcoolisées à un prix très raisonnable.

Musiques traditionnels et éclectisme

Très vite, les amateurs de musique arrivent, commandent à boire et attendent. L’impatience se fait ressentir. Beaucoup sont là pour Aziz Sahmaoui. L’artiste marocain a fini de faire la balance. Il en profite aller embrasse des amis, salue des fans qu’il reconnaît. Soudain, la lumière se tamise, sa voix donne le ton et c’est parti pour deux sets de folie ! Avec son oud électrique, l’artiste emporte les jeunes et les moins jeunes dans son univers aux inspirations gnawa. Les percussions font monter la pression. On reconnaît du Pink Floyd en prélude d’un des morceaux. La chanson Jilala (issu du dernier album Mazal) pulse dès le début. Quand à Yasmine qu’il dédie ce soir-là à la Tunisie, vous emmène faire un détour par l’Espagne et la guitar flamenca en introduction. On danse, on chante, on transpire, on pousse des youyous même ! La chanson Jilala pulse dès le début et

Né au Maroc, Aziz Sahmaoui grandit à Marrakech. Habitué du festival Ksar El Badi dès l’enfance, c’est là qu’il s’imprègne de toutes les musiques traditionnelles présentent dans le pays : chaâbi, Ahwache, gnawa en tête. Adolescent, il s’essaie au chant et teste les différents instruments à cordes. Après des études de lettres, il s’installe en France et devient l’un des fondateurs du groupe phare des années quatre-vingt-dix : l’Orchestre national de Barbès. Le groupe mise sur un mélange de rythmes maghrébins associés au jazz, au rock, à la salsa ou funk, un succès…

Des collaborations enrichissantes…

Ensuite, il enchaîne les collaborations avec des artistes de renom et stars du moment : le guitariste Nguyên Lê, le pianiste et claviériste de jazz Joe Zawinul ou encore Sixun, un groupe de jazz fusion. Au début des années 2010, marque la consécration avec la sortie d’un premier album solo enregistré avec son nouveau groupe University of Gnawa. En 2014, son deuxième Mazal est un régal pour les oreilles. Aziz Sahmaoui est un artiste complet, passionné, talentueux et innovant. Ses rythmes berbères mêlés au rock donnent une certaine vision du monde. À moins que cela ne soit que de la poésie. En tous cas, en dessine les contours ou du moins une certaine poésie…Que dire de plus ? Sinon d’aller l’écouter dès que l’occasion s’en présente.

 

La Gare Jazz, 1 Avenue Corentin Cariou, 75019 Paris

Photo : Album Mazal (2014) – Label : World Village – Distribution : Harmonia Mundi (Nov. 2014)