L’édition de la Coupe du Monde 2018 vient de finir et déjà les regards se tourne vers le Qatar. Pays hôte choisi par la Fédération internationale de football en 2010, le petit émirat du Moyen-Orient devient le 1er pays arabe à organiser une Coupe du Monde de la FIFA. Elle se déroulera du  21 novembre au 18 décembre 2022. Mais le pays est sous les feux des critiques… Une question se pose alors : est-ce qu’un autre pays du monde arabe, Maghreb compris, aurait pu être le prochain pays organisateur de la Coupe du monde de football ?

Promettre une ambiance de fête, assurer la sécurité des supporters étrangers et offrir aux sportifs exigeants les meilleures infrastructures. Le Qatar en a-t-il seulement les moyens ? Côté infrastructure d’abord… Le petit émirat est à peine plus peuplé qu’une grande ville française. Mais il reste un des pays les plus riches au monde à accueillir cet événement planétaire. Son budget total a été évalué entre 100 à 200 milliards de dollars.

Le Qatar espère livrer une dizaine de stade d’ici 2022. Tout le pays est en chantier donc (création d’hôtels, construction de routes, agrandissement de certains édifices). Et les milliers d’ouvriers s’activent sans relâche pour sortir du désert qatari des édifices d’au moins 45 000 places. C’est dire si le pays se donne les moyens. Cependant, on pointe les conditions dans lesquelles le travail est effectué. Certains ouvriers (venus du Népal, de l’Inde, du Pakistan, du Bengale etc.) enchaîneraient des centaines de jours de travail sans repos ! On parle même de travailleurs morts même s’il n’y a pas de chiffres officiels. Les ONG alertent et dénoncent des droits controversés pour ces ouvriers immigrés, Amnesty International en tête… Le pays lui, reste muet sur cette question.

Ce qui rend la question politique encore plus délicate. En effet, le pays subit depuis juin 2017 un blocus imposé par certains de ses voisins de la péninsule arabique. Arabie Saoudite en tête, ils l’accusent de soutenir l’extrémisme religieux. Un élément qui vient charger la barque alors que le pays était déjà accusé de corruption dans le processus d’obtention de la Coupe du monde de 2022. Une enquête de la justice suisse serait toujours en cours…

Enfin, dernier élément peu favorable au Qatar : le pays ne semble pas avoir de réelle culture du foot. La Qatar Stars League n’attire elle-même que très peu de supporters dans ses gradins. Certains clubs sont obligés de payer des personnes (souvent originaires de l’Égypte, du Soudan et même du Yémen) pour venir voir leurs joueurs et donner l’illusion d’une forte affluence ! Les qataris ne semblant trouver aucun intérêt à ce sport collectif.

Quel autre pays au Moyen-Orient ?

Alors vers quel pays du monde arabe, la Fédération internationale de football aurait dû se tourner pour diversifier sa liste de pays organisateurs ? Le choix reste en effet limité. Dans la péninsule arabique, les autres pays (Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Yémen) ont sans doute les capacités financières mais ils répondent à des problématiques similaires au Qatar.

Oman est certes un pays riche mais situé entre mer, désert et montagne, il n’est pas équipé pour accueillir à lui tout seul un événement d’une telle envergure. Le Bahreïn, archipel d’une trentaine d’îles n’est pas une candidature plus solide. Le Koweït, petite forteresse d’à peine 5 millions d’habitants, n’a pas la capacité d’absorber le flux de population composée des équipes nationales et des supporters. À noter que la FIFA souhaite faire passer le nombre de participants de 32 à 48 équipes (effectif en 2026) !

Côté Arabie Saoudite, la situation n’est guère plus envisageable. Le royaume est ultraconservateur, la question des droits de l’Homme semble peu prioritaire et la peine de mort y est pratiquée. Quant au statut des femmes, l’abaya (le voile noir) donne le ton sur la situation. Obligatoire pour les femmes pour être décente aux yeux de la loi islamique imposée par le pays wahhabite, on imagine difficilement l’accueil d’étrangères sur le territoire… Les quelques signes d’ouverture initiés par Mohammed Ben Salmane, prince héritier de l’Arabie Saoudite, sont très insuffisants. Enfin le Yémen est un pays qui s’enlise chaque jour davantage dans un conflit sanglant peu propice à un événement festif…

Le Maghreb : culture du foot mais manque de moyen.

Côté Maghreb, l’organisation d’une Coupe du Monde par l’un des pays de la zone ne se pose pas encore. Le Maroc qui s’est vu refusé l’organisation de la Coupe du monde de 2026, aimerait initier une candidature commune avec l’Algérie et la Tunisie pour 2030. En s’inspirant de la triple candidature USA/Mexique/Canada pour 2026, le royaume chérifien change de stratégie pour mettre toutes les chances de son côté.

Car individuellement ces 3 pays du Maghreb ont peu de chance de se voir un jour octroyé l’organisation d’un Championnat du monde de football. Les critères (pour voir son dossier validé en terme d’infrastructures, d’équipements, d’hébergements, de transports) sont élevés et exigeants. Malgré ses richesses, l’Algérie peine à stabiliser son économie et à doter son pays de structures modernes. Le pays accumule les difficultés : crise du logement, chômage des jeunes, tensions sociales… Djazaïr  est au bord de l’explosion. La Tunisie qui ne s’est pas encore prononcé pour cette candidature accuse encore le coup de la fusillade de Sousse en 2015. Le petit pays a des atouts indéniables mais les Aigles de Carthage ne sont pas prêt de jouer à domicile…

Une Coupe du Monde de football a le don de ré-enchanter tout un pays. Sport populaire par excellence, le football réussit là ou tous les autres sports échouent : initier un soulèvement de joie. Une liesse qui offre l’espace de quelques jours de purs moments de bonheur dont les pays arabes se privent faute de moyens.

Crise économique, crise politique, crise d’identité culturelle, le monde arabe accumule les handicaps et les obstacles. Le Qatar n’est sans doute pas le pays idéal mais il va accueillir l’un des plus grands évènements planétaire après les Jeux Olympiques. Et il va en ressentir aussi les effets de son côté. Ne serait-ce que parce qu’il demeure un pays rigoriste et patriarcal. L’homme est décisionnaire de tout, les mariages sont arrangés et les femmes ne sont toujours pas autorisées à sortir seules. La non mixité imposée dès le plus jeune âge continue à l’université où filles et garçons étudient sur deux campus séparés. Des règles tellement ancrées que peu de jeunes les remettent en question…